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Journal du trek Salkantay : cinq jours, quatre ampoules, une montagne extraordinaire

Journal du trek Salkantay : cinq jours, quatre ampoules, une montagne extraordinaire

Pourquoi j’ai choisi le Salkantay plutôt que le Chemin de l’Inca

Je voulais marcher jusqu’au Machu Picchu. C’était décidé quand j’ai réservé les vols. La question était : quel itinéraire ?

Le Chemin de l’Inca nécessite des permis qui s’arrachent des mois à l’avance — souvent dès janvier pour toute la saison sèche, et je réservais en août pour un départ en octobre. Le court Chemin de l’Inca était disponible, mais ça ressemblait à un compromis. Le trek Salkantay n’avait pas de système de permis, partait régulièrement avec différents opérateurs, et selon la plupart des avis, il était physiquement plus exigeant que le sentier classique, en échange de paysages — sommets englacés, landes d’altitude, forêt nuageuse — radicalement différents de tout ce que le Chemin de l’Inca offre.

J’ai réservé un trek guidé de cinq jours en groupe auprès d’un opérateur basé à Cusco. Le coût total était d’environ 480 USD, transport, hébergement en lodges de montagne et camping, guides, cuisiniers et entrée au Machu Picchu inclus. C’est dans la fourchette médiane du marché — on peut faire moins cher en tentes tout du long, et beaucoup plus cher dans des lodges haut de gamme avec jacuzzis.

Jour 1 : Cusco — Mollepata (2 800 m)

Le minibus est parti de Cusco à quatre heures du matin — une heure qui paraît punitive jusqu’à ce qu’on comprenne pourquoi. La route jusqu’à Mollepata, le village de départ du sentier, prend environ trois heures dans l’obscurité sur des routes de montagne, et on arrive à temps pour le petit-déjeuner avant de commencer à marcher.

Mollepata se trouve à 2 800 mètres, déjà plus haut que la majeure partie de la Vallée Sacrée. Après un petit-déjeuner d’œufs brouillés et de thé de coca dans une cuisine du village, on se mettait en marche à huit heures. La première journée est classée comme la mise en jambes : une montée douce à travers des terres agricoles et des broussailles jusqu’au premier camp à Soraypampa (3 900 m), avec le sommet enneigé du Salkantay (6 271 m) visible devant nous pendant la majeure partie de l’après-midi.

La vue sur le Salkantay depuis le camp au crépuscule — la montagne virant au rose contre un ciel qui s’assombrit, ses glaciers captant la dernière lumière rasante — est un de ces moments paysagers qui vous donne brièvement mais sincèrement l’impression d’être en vie.

Température au camp : environ -4 °C. Sac de couchage requis : au minimum -10 °C. Ce n’est pas une suggestion.

Jour 2 : le col du Salkantay (4 630 m)

C’est la journée qui divise le trek en avant et après.

On était en marche à cinq heures et demie, dans le noir, avec des frontales, à l’assaut du col du Salkantay à 4 630 mètres. Le sentier monte raidement pendant environ trois heures à travers des pelouses alpines, puis des éboulis, puis une dernière section de roche instable. À cette altitude, trois heures de montée ça ressemble à six. Mon rythme a diminué de moitié dans le dernier kilomètre.

Le col surgit soudainement : on franchit une crête et on se retrouve entre le massif du Salkantay d’un côté et le ciel ouvert de l’autre, avec la vallée qui plonge devant soi et la forêt nuageuse visible au loin en contrebas. Le vent au col est violent et froid quelle que soit la saison. J’y suis resté environ quatre minutes avant que le froid ne me force à redescendre.

La descente est longue — environ cinq heures — perdant 2 000 mètres de dénivelé depuis le col jusqu’à la zone de forêt nuageuse autour de Chaullay. Au moment où l’on atteignait le camp, la végétation avait entièrement changé : fougères arborescentes, orchidées, broméliacées, l’air dense et chaud. On avait l’impression d’être sur une planète différente de celle du matin glacial.

Jour 3 : forêt nuageuse et plantations de café

Le troisième jour est celui de la récupération, et c’est la raison pour laquelle l’itinéraire de cinq jours est le bon format. Nous avons marché à travers la forêt nuageuse pendant environ quatre heures, descendant encore vers la zone subtropicale où café et coca poussent sur des flancs de collines en terrasses.

Le sentier ici n’est pas spectaculaire comme l’a été le col, mais il est beau dans un tout autre registre : chemins étroits entre des caféiers, le bruit de l’eau partout, des vues occasionnelles sur l’Urubamba bien en contrebas. On s’est arrêté dans une ferme familiale où la maîtresse de maison faisait sécher du café sur une dalle en béton, et j’ai acheté un petit sachet de grains pour 10 PEN.

J’ai développé deux ampoules pendant la section en forêt nuageuse, ce que je note ici parce que le guide d’équipement pour le Chemin de l’Inca s’applique tout autant au Salkantay, et son conseil anti-ampoules (concrètement : deux paires de chaussettes portées simultanément) est un conseil que j’aurais dû suivre plus attentivement.

Jour 4 : Aguas Calientes

Le quatrième jour est le plus long en heures de marche — environ six heures — mais la perte d’altitude le rend aérobiquement plus facile que les jours un et deux. Le sentier descend jusqu’à la vallée de l’Urubamba et longe la rivière en direction d’Aguas Calientes, la ville au pied du Machu Picchu.

Les deux dernières heures longent la voie ferrée, sur un chemin accessible uniquement à pied, avec la rivière qui gronde à côté et les montagnes qui se resserrent. Il y a quelque chose de méditatif dans cette section que j’avais besoin de retrouver après trois jours d’effort physique intense.

Aguas Calientes au terme d’une marche de quatre jours, c’est le repas le plus satisfaisant du trek : j’ai commandé un steak d’alpaga, des frites et une bière fraîche, et je les ai savourés lentement sur une terrasse de restaurant au-dessus de la rivière.

Jour 5 : Machu Picchu

On a pris le premier bus depuis Aguas Calientes à cinq heures et demie. La porte d’entrée du Machu Picchu ouvre à six heures et la foule du premier bus se disperse rapidement sur le site — il y a assez de circuits et de chemins pour que même un jour de forte affluence, on puisse trouver des tronçons où l’on se déplace sans être immédiatement cerné.

Arriver au Machu Picchu au terme d’une marche de quatre jours, à pied depuis les montagnes derrière lui, donne une charge émotionnelle différente de celle qu’on ressent en arrivant par le train. Le site est le même. Mais le contexte qu’on a construit — le glacier, le col, la forêt nuageuse, la longue marche le long de la rivière — donne à la destination finale un poids qu’elle n’a pas tout à fait quand on descend d’un bus à sept heures du matin.

J’ai passé trois heures sur le site, principalement en silence, avant de retourner à Aguas Calientes prendre le train pour Ollantaytambo et le bus pour Cusco. Le trek Salkantay de cinq jours est, sans hésiter, la plus belle randonnée que j’aie faite en vingt ans de voyages. Le guide complet du trek Salkantay contient tout ce dont vous avez besoin pour planifier.

Ce que j’ai appris

Le Salkantay n’est pas un trek facile. Le col à 4 630 mètres est réellement difficile et nécessite soit une acclimatation préalable à Cusco ou dans la Vallée Sacrée, soit, idéalement, un niveau de forme physique supérieur au randonneur occasionnel. Mais ce n’est pas non plus technique — pas d’escalade, pas de cordes, pas d’équipement spécialisé au-delà de bonnes chaussures, de couches et d’un sac de couchage prévu pour les températures négatives.

La comparaison Chemin de l’Inca vs Salkantay explique clairement les compromis : le Chemin de l’Inca a l’archéologie et le prestige du permis ; le Salkantay a la montagne et la flexibilité. Ni l’un ni l’autre n’est un mauvais choix. Choisissez selon ce que vous voulez que la marche soit.